Freyja

Inversalisme - Aluminium dibond brossé, encre, feuille d'or et gravure - 80cm X 143

€5670.00

Dans les premières chambres noires, l’argent recevait l’empreinte du monde et ceux qui regardaient se taisaient. Ce n’était pas une image. C’était ce que la lumière laisse quand elle consent à traverser — quelque chose d’irréversible et de sacré.

 

L’image rémanente ne ment pas.

Elle ne peut pas.

 

Avant les dieux, il y avait Freija. Non pas avant dans le temps — avant dans l’ordre du cœur. Déesse nordique de l’amour, de la fertilité, de la magie et de la guerre, elle parcourt les neuf mondes de la cosmologie norroise dans son char tiré par deux chats sauvages, vêtue de sa cape de plumes de faucon qui lui donne le don de vol. Le collier Brísingamen qu’elle porte au cou — l’objet le plus précieux des neuf mondes, foré par les nains dans les profondeurs de la terre — est l’or même de la surface, rendu visible. Ce n’est pas un bijou. C’est une transmutation.

Elle est la première à accueillir la moitié des guerriers tombés au combat. Non pas les plus féroces — ceux qu’elle reconnaissait. Car Freija voyait ce que personne d’autre ne savait voir — cette lumière particulière que certains portent même dans leurs heures les plus denses, cette incandescence que l’épreuve révèle au lieu de l’éteindre.

L’or qui remonte le long de sa tiare fine ne l’orne pas. Il la désigne. Car Freija enseigna la seiðr à Odin lui-même — cette magie profonde qui opère non sur les choses mais sur le tissu vivant de ce qui est possible. Odin, le dieu le plus puissant, vint apprendre à ses pieds ce que nulle victoire n’avait pu lui donner. Non pas un pouvoir sur le monde. Une intimité lumineuse avec ce qui le tisse.

Elle a pleuré des larmes d’or pour ce qu’elle aimait. Ces larmes sont devenues des filons dans la roche — de la tendresse transformée en lumière que les hommes ont cherchée pendant des siècles sans comprendre que c’était si simple, si humain, si beau.

Fixe assez longtemps. La rétine va se saturer de cet or et de cette profondeur nordique. Ferme les yeux. Ce qui apparaît n’est pas une vision. C’est la reconnaissance — ce sentiment bouleversant d’être vu exactement comme on est, sans qu’on ait rien demandé, par quelqu’un qui connaît les deux côtés du monde et qui a choisi quand même de te regarder.

 

Car Freija reconnaît.

Elle a toujours reconnu.

Et si tu es là —

c’est peut-être qu’elle t’a déjà vu

avant que tu saches

que tu étais en chemin.