Perséphone

Aluminium dibond brossé, feuille d'or, encre...

€3260.00

Six graines.

Pas une de plus.

 

Elle était la fille du soleil — née de Déméter, déesse des moissons, dans les prairies éternellement fleuries de Sicile. Un matin de printemps, elle cueillait des narcisses quand la terre s’est ouverte. Pas de force. La terre a simplement consenti à s’ouvrir, comme s’ouvre une porte qu’on attendait sans le savoir. Et Perséphone est descendue. C’est cela que les mythes n’osent pas toujours dire — qu’une part d’elle a voulu voir ce que la terre cache à ceux qui restent à la surface.

Dans le royaume des ombres, Haïdes lui offrit six graines de grenade. Elle les saisit dans l’obscurité sans voir ce qu’elle saisissait. Ce geste-là, ce seul geste, suffit à tout changer. Non pas comme une punition. Comme une initiàtion. Car la grenade est le fruit des Mystères — ses graines comme autant de secrets que seuls les initiés portent en eux. Six mois dans les profondeurs où la terre au-dessus se dénude et pleure. Et puis le retour — et avec elle revient le printemps, les moissons, tout ce qui peut à nouveau fleurir. Elle est la seule divinité grecque qui règne simultanément sur les deux mondes, reine des morts et déesse du renouveau. Celle qui a touché le fond et qui remonte chargée de lumière. La même qui fait que le plomb, une fois qu’il a consenti à autre chose, n’a aucune envie de revenir.

Le mercurius est le seul qui connaît les deux royaumes. Ni solide ni liquide. Ni ici ni là-bas. Passage lui-même, pont vivant entre ce qui descend et ce qui remonte. L’or sur cette surface ne monte pas — il revient. Et il y a une tendresse infinie dans ce retour. Ce qui revient a touché le fond. Ce qui revient sait quelque chose que rien d’autre ne peut enseigner — la chaleur qui existe au cœur de la plus grande profondeur, là où même les racines finissent par toucher de la lumière.

L’aluminium brossé garde, lui aussi. De chaque lumière qui l’a traversé, de chaque regard posé sur lui depuis sa naissance dans le métal, il conserve une empreinte éternelle. Tes yeux y déposent quelque chose maintenant, sans que tu le décides. L’image rémanente s’imprime avec douceur. Elle attend en toi sa saison — non pas dans la résignation, mais dans la certitude lumineuse de ce qui va fleurir. La graine sous la neige ne doute pas du printemps. Elle n’a jamais douté.

Fixe assez longtemps cet or qui revient du fond. Ferme les yeux. Ce qui apparaît sur la rétine saturée n’est pas une image inversée — c’est ta propre Perséphone. Cette part de toi qui a consenti un jour à descendre, qui a saisit quelque chose dans l’obscurité sans savoir ce que c’était, et qui remonte depuis lors chargée d’une connaissance que rien n’aurait pu te donner autrement.

 

Sa saison vient toujours.

 

Reste.

Laisse l’or faire ce qu’il sait faire.

Il a toujours su.