Artémis

Aluminium dibond brossé, encre, gravure. 50x77cm

€2230.00

Ce qui mord le métal lègue quelque chose d’éternel.

 

Artémis est la première née — avant même que sa mère Latôna ait fini d’accoucher, elle se retourne et aide son jumeau Apollon à venir au monde. C’est cela qu’on oublie toujours d’elle : elle est l’aînée. La première lumière. Celle qui précède le dieu du soleil lui-même et qui le rend possible. Déesse de la chasse et de la lune, maîtresse des forêts sauvages et des animaux que nul autre dieu ne réclame, protectrice des femmes en couches, de l’enfance, de tous les êtres au seuil. Elle a demandé à Zeus à l’âge de trois ans l’indépendance totale — non pas la solitude, mais l’appartenance à elle seule. Arc d’argent tendu dans la nuit. Chèvre d’or bondé à ses côtés. Nymphes qui gardent ses bois sacrés. Gardienne de toutes les lisières — ces espaces entre le connu et ce qui ne l’est pas encore, où les règles ordinaires ne s’appliquent plus et où quelque chose de plus vaste commence.

Dans ce qui reste gravé sur cette surface — suspendu dans cet état de promesse pure entre l’incision et ce qu’elle libère — quelque chose attend avec la patience lumineuse de la lune derrière le nuage. Elle n’est pas cachée. Elle est à l’intérieur de l’autre état. Dans cet espace que certains traversent une fois dans leur vie sans savoir qu’ils l’ont traversé — et qui les a illuminés quand même, profondément, irréversiblement, comme on ne peut plus être le même après avoir marché de nuit dans une forêt et s’être arrêté d’un coup, sans raison, parce que quelque chose dans l’air avait changé.

L’encre dans les incisions garde le cerf sacré qui bondit entre les arbres, l’arc tendu, les nymphes invisibles qui veillent. Ce que l’œil consent à ne plus forcer — quelque chose d’autre en toi commence alors à rayonner. Non pas voir plus. Voir avec. Avec cette part de toi qui n’a pas besoin de lumière parce qu’elle en est tissée. Cette part qui précède tes yeux comme Artémis précède son frere solaire.

L’image rémanente se pose comme la lune pose sa lumière sur l’eau — avec la délicatesse absolue des choses qui ont confiance. Fixe assez longtemps. Ferme les yeux. Ce qui apparaît dans ce blanc intérieur — c’est la forêt. C’est la lune. C’est la lisière qu’elle garde pour toi.

 

Tu es venu.

Ou tu as été conduit.

 

La différence — elle seule la connaît.

Et elle t’accueille dans les deux cas.